Observatoire du commerce à Paris : premiers résultats du recensement 2020

  • Publication publiée :17 février 2021
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Crédit photo : Apur

Le point de vue de l’expert

Interview de François Mohrt, chargé d’études à l’Apur, Atelier parisien d’urbanisme.
www.apur.org

Les enquêtes BDCOM, effectuées tous les 3 ans, permettent de comprendre les tendances de long terme qui traversent le commerce parisien et de suivre les évolutions à une échelle fine, celle du quartier, de la rue, voire de l’adresse. Un nouveau recensement de tous les locaux situés en rez-de-chaussée à Paris a été réalisé en 2020 par l’Apur, en partenariat avec la Ville de Paris et la CCI de Paris. François Mohrt, Chargé d’études à l’APUR, analyse pour nous les premiers résultats ce cette enquête.


Vous avez commencé à diffuser des données issues d’un recensement des commerces qui a eu lieu en octobre 2020, quels en sont les principaux résultats ?

Les résultats de l’enquête réalisée par l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur), en octobre 2020, en partenariat avec la Ville de Paris et la Chambre de Commerce, montrent la poursuite des évolutions constatées lors de la dernière enquête de 2017, c’est-à-dire la hausse du nombre de bars et restaurants, du secteur de la santé-beauté et du bien-être ; la diminution du nombre des commerces non alimentaires, en particulier le secteur de l’habillement, les agences bancaires et de voyage. Le nombre de supérettes continue d’augmenter, et cette progression est principalement portée par celles qui proposent une offre « bio ».

On constate, enfin, une légère augmentation de la vacance qui est à relier à la crise sanitaire et économique de la Covid-19, mais aussi aux événements que Paris connait depuis deux ans et demi : mouvement des « gilets jaunes » depuis fin 2018 qui a souvent obligé les commerces à fermer le samedi, jour de plus forte affluence ; incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris le 15 avril 2019 ; grèves des transports fin 2019.


Quels sont les commerces qui se portent le mieux selon cette nouvelle enquête ?

Ce sont les commerces alimentaires et de proximité. Ils n’ont pas trop souffert de la crise sanitaire car ils ont pu ouvrir pendant les confinements. Leur clientèle a pu continuer à y aller faire ses courses et ils ont gagné une partie des télétravailleurs restés chez eux. Le nombre de magasins alimentaires a augmenté entre 2017 et 2020 (+1,5%, +115 établissements). Parmi ceux-ci, les supérettes « classiques » représentent plus de la moitié des créations, dont la plupart vendent uniquement des produits « bio » comme par exemple Naturalia, Biocoop et Bio C’Bon), en phase avec le souhait des Parisiens pour une meilleure qualité de vie.

Tout le secteur de la santé-beauté et du bien-être progresse aussi et ce depuis 2007. Il connait une nouvelle hausse entre 2017 et 2020 (+1,5%, 44 établissements en plus) avec une augmentation des parfumeries, des magasins de vente de prothèses auditives. Les activités de services liées aux soins du corps accompagnent ce mouvement de hausse avec plus d’ongleries, d’instituts de beauté, de salons de massage, de salles de sport spécialisées et, dans une moindre mesure, de coiffeurs.

Avec la politique d’encouragement aux mobilités douces, la vente, la réparation, la  location de vélos et vélos électriques augmente aussi.

Enfin, Le nombre de cafés et restaurants, en forte hausse depuis 2011 continue de croitre (+4,5%, +660 établissements). Cette hausse est le fait des restaurants asiatiques (+180 établissements) et des restaurants européens (+90) mais surtout la restauration rapide assise (+280 environ). Cette catégorie inclut à la fois les « fast food » type McDonald’s mais aussi des enseignes plus récentes et bio comme Exki ainsi que de petits établissements indépendants qui sont ceux qui progressent le plus en proportion. Mais ce secteur risque d’être fortement impacté à l’issue de la crise sanitaire.


Depuis quand l’Apur réalise-t-il ces enquêtes sur les commerces ? Y a-t-il des tendances de fond et, à l’inverse, des nouvelles tendances ?

L’Apur réalise ces enquêtes sur les commerces sur un rythme triennal depuis l’an 2000. Huit recensements ont déjà eu lieu, ce qui permet, aujourd’hui, d’avoir une profondeur d’analyse sur le long terme.

Les commerces alimentaires sont en hausse continue depuis 2011 (+ 400 commerces), en partie grâce aux protections sur les rues commerciales introduites par le PLU de 2006.  Le secteur de la santé et de la beauté augmente lui régulièrement depuis 2007 (+450 commerces). Le nombre de commerces d’équipement de la personne (habillement, chaussures, bijouterie) augmente jusqu’en 2014 (+600 commerces), s’ensuit une assez forte baisse (-1 500 commerces) depuis 6 ans. Et la tendance ne semble pas prête de s’inverser à nouveau notamment du fait de la concurrence de la vente en ligne.

Autre tendance de fond constatées depuis 2000 : la baisse des magasins d’équipement de la maison et de bricolage-jardinage (-2 100 commerces), la baisse des commerces liés à la culture et aux loisirs (-1 100 magasins), celle des concessionnaires et garages (-400), et surtout le départ de Paris de plus des 2/3 des commerce de gros (-2 300).

A l’inverse, la hausse des bars et restaurants (+ 2 400 établissements) et des professions médicales en rez-de-chaussée (+950).


Les bars, cafés et restaurants mais aussi les boites de nuit et les salles de sports sont encore fermés et ne savent toujours pas quand ils pourront rouvrir. Faut-il craindre de nouvelles fermetures et en corollaire une augmentation de la vacance ?

Oui en effet, 26% des commerces sont encore fermés. Cela représente plus d’un commerce sur 4. On peut donc craindre que tous ne soient pas en capacité de rouvrir le moment venu. Les enquêtes réalisées en octobre ne permettent pas de répondre totalement à la question mais donnent une 1re indication car la vacance tend à s’accélérer.

La vacance des locaux augmente, en effet, entre 2017 et 2020 puisque l’on recense plus de 900 nouveaux locaux vacants en pied des immeubles parisiens. En 2020, dans tout Paris, 8 760 locaux sont vides, contre 7 850 en 2017. La part de la vacance passe ainsi de 9,3% à 10,5% entre 2017 et 2020. Lors de l’enquête, parmi les locaux vacants, il a été possible de repérer les locaux en travaux, laissant espérer l’arrivée d’une activité à court ou moyen terme. Parmi les 8 760 locaux vacants, 1 520, soit 17%, étaient en travaux. En 2017 le nombre et la part de ces locaux vacants pour cause de travaux étaient plus limités : 900, soit 11% de l’ensemble des locaux vacants.